L’approche d’une personne atteinte d’Alzheimer

 

Une personne atteinte d’Alzheimer a, comme toute personne, des besoins fondamentaux qui doivent être répondus. Malheureusement, à un certain stade du développement de la maladie, cette personne ne sera plus en mesure de répondre à ces besoins sans demander de l’aide. De plus, de nouveaux besoins découlant directement de la progression de la maladie devront eux aussi être répondus.

En tant que professionnel de la santé, je crois que chaque proche-aidant, intervenant ou quiconque qui maintien un lien significatif avec une personne atteinte d’Alzheimer, devrait viser une approche globale et personnalisée afin d’assurer le bien-être et l’amélioration de la qualité de vie de celle-ci.  

Quels besoins devrais-je prendre en considération lorsque j’approche une personne atteinte d’Alzheimer?

Tout d’abord, je crois qu’il est important de souligner qu’un besoin est une nécessité qui se fait ressentir. Si ce besoin n’est pas comblé, il peut nuire au processus de la vie et/ou au développement de l’individu.

Les besoins peuvent se classifier en cinq dimensions : [1]

  1. Dimension physique

    • Soins de base et soins médicaux
    • Respirer normalement 
    • Manger et boire convenablement
    • Dormir et se reposer
    • Éliminer les déchets organiques 
    • Porter des vêtements adéquats
    • Se mobiliser 
    • Avoir une posture adéquate dans toutes positions (assis, debout, couché)
  1. Dimension fonctionnelle

    • Accomplir ses activités de la vie quotidienne (AVQ)
    • Se laver 
    • S’habiller
    • S’occuper de son hygiène personnelle et son apparence
    • Accomplir ses activités de la vie domestique (AVD)
    • Cuisiner
    • Faire la lessive
    • Gérer les finances
    • Maintenir son espace de vie propre
    • Obtenir du soutien et de l’aide lorsque nécessaire (Par exemple pour les AVQ et les AVD)
  1. Dimension cognitive

    • Évaluation des déficits
    • Utilisation maximale du potentiel et interventions axées sur les capacités résiduelles
    • L’attention et la concentration
    • Les fonctions exécutives et intellectuelles (jugement, flexibilité mentale, autocritique)
    • Les fonctions visuo-spatiales (perception des objets dans l’espace)
    • Le langage oral et écrit (compréhension, habilités expressives, lecture et écriture)
    • La mémoire (connaissances acquises, évènements passés et certaines informations)
    • Praxie (contrôle moteur et exécution de mouvements)[2]
  1. Dimension affective

    • Exprimer des émotions
    • Reconnaissance de leurs émotions par autrui
  1. Dimension sociale

    • Être considérée comme un individu à part entière
    • Dignité
    • Respect

L’approche de base 

Voici maintenant l’approche que nous vous suggérons d’adopter auprès d’une personne atteinte d’Alzheimer.

  1. Avant toute intervention, assurez-vous d’avoir l’attention de la personne et évitez de la faire sursauter.

    • Éliminez les bruits environnants, lorsque possible
    • Approchez-vous en faisant du bruit (Vous pourriez nommer son nom ou chanter par exemple)
    • Assurez-vous de lui faire face avant d’entamer une discussion
    • Évitez d’entrer dans leur espace personnel trop rapidement
    • Établissez un contact visuel et le maintenez-le
    • N’adoptez pas une attitude de supériorité, un air condescendant ou un ton menaçant
    • Optez pour une intonation de voix douce et apaisante
    • Si la personne ne veut pas entrer en contact, ne la forcer pas et essayer plus tard
  1. Lors de vos échanges, il est important de garder en tête qu’il faut :

    • Parlez calmement et doucement
    • Utilisez des phrases courtes et simples pour éviter la confusion
    • Utilisez un débit de parole lent pour permettre à la personne de bien comprendre
    • Énoncez une consigne à la fois et attendez une réaction de sa part
    • Pour les questions, assurez-vous que les réponses ne nécessitent pas de longs développements
  1. Si votre interlocuteur ne réagit pas ou ne vous réponds pas :

    • N’haussez pas la voix et tentez de reformuler votre phrase avec des termes simplifiés

Lorsqu’une personne souffrant d’Alzheimer ne comprend pas nos mots, elle peut comprendre jusqu’à 93 % de ce qu’on lui dit par notre ton de voix, par nos regards, nos gestes, notre posture et nos mimiques. 

    • Ayez un contact sensoriel avec la personne en la touchant doucement
    • Gesticulez, mimez ou démontrez à la personne ce que vous voulez
  1. Pour une participation optimale dans la conversation avec une personne atteinte d’Alzheimer : 

    • Essayez de comprendre l’émotion ressentie par votre interlocuteur en portant attention à son non-verbal et aux mots employés
    • Ne prétendez pas avoir compris ce qu’elle vous a dit
    • N’interrompez pas la personne lorsqu’elle parle et laissez-lui le temps de finir ses phrases
    • Démontrez lui que vous tentez de comprendre son message en répétant des mots clés

Le non-verbal 

Généralement, les personnes atteintes d’Alzheimer perdent leur capacité à communiquer plus la maladie progresse.

Voici les différents stades:

      1. La personne atteinte possède l’intégrité de ses capacités à communiquer.
      2. Elle oubli certains mots et don débit vocal diminue.
      3. Des difficultés au niveau de la syntaxe des phrases et une limitation du vocabulaire peuvent être observés.
      4. La personne atteinte éprouve des difficultés à engager une conversation et à développer ses idées lors d’échanges.
      5. Lorsqu’elle parle, les mots ne font pas de sens. La personne développe une tendance à répéter rapidement les syllabes ou certains mots.
      6. Son discours est incompréhensible et incohérent et il y a présence d’aphasie.
      7. Une aphasie sévère est installée. La personne ne peut que prononcer quelques mots et faire des cris et grognements.

Lors d’une interaction avec une personne atteinte d’Alzheimer, ces obstacles à la communication devront être pris en considération. De plus, il sera primordial d’être réceptif aux messages non-verbaux de son interlocuteur. Jacinthe Grisé (2014) identifie 7 méthodologies d’interprétation de la communication non-verbale qui inclus: le toucher, la distance, la posture, les gestes, l’expression du visage et du regard ainsi que le paralangage.

  1. Le toucher

Selon des recherches sociologiques, le toucher aurait un effet assez similaire à celui d’un sourire, ce qui favorise la sympathie. Plus globalement, le toucher permettrait de montrer son attention ou son accord et établir ou solidifier un lien de confiance. Cependant, chacun et chacune réagit de façon différente au toucher. Il est important de porter une attention spéciale aux réactions (ex.: anxiété, agressivité) qu’il provoque afin de cerner le degré d’aise ou de malaise de la personne que l’on touche.[3]

  1. La distance

La distance est un élément important dans la communication non verbale. Elle détermine notre espace personnelle et notre degré de tolérance lorsque quelqu’un la pénètre.

Il y a quatre types de distances;
    • Premièrement, nous avons la distance intime (0 à 45 cm): Surtout observé dans les relations intimes. À cette distance, la présence physique d’une autre est écrasante. La violation de cet espace peut susciter des sentiments négatifs tels que de la colère, de la gêne, une irritation, de l’anxiété et voir même de l’agressivité.physiotherapiesmobile_blogue_approchealzheimer_distance
    • Ensuite nous avons la distance personnelle (45 cm à 1,2 m): Surtout observé lors des interactions avec les amis, lors de discussions personnelles et facilite la réception positive du toucher.
    • Nous pouvons aussi mesurer la distance sociale (1,2 m à 3,6 m): Distance appropriée pour les interactions sociales et le toucher se fait de façon plus distante, à bout de bras.
    • En dernier lieu, nous avons la distance publique (Plus de 3,6 m): Distance utilisée lors d’interactions en groupe. [4]
  1. La posture

La posture est identifiée comme étant un autre aspect de la communication non verbale. Le psychologue A. MEHRABIAN (cité par ADLER en 1991) a affirmé que la tension et la décontraction du corps sont des indices supplémentaires d’interprétation. Les postures détendues sont alors adoptées lors de situations non menaçantes pour l’individu, tandis qu’elles seraient davantage tendues dans des conditions plus hostiles.[5]

  1. Les gestes

Les gestes sont, sans aucun doute, la façon la plus utilisé lorsque l’usage de la parole devient difficile. Delamarre détermine 3 catégories de gestes en fonction de leurs intentions relationnelles : [6]

    • Tout d’abord, les « Gestes d’accordances »: Catégorie qui regroupe les gestes de sollicitation/invitation, les gestes d’offrandes/dons et les gestes qui démontrent la recherche d’un lien.
    • Deuxièmement, les « Gestes de discordances »: Catégorie qui réuni les gestes d’opposition/désaccord, les gestes de saisie/agrippement, les gestes de menaces/avertissements et les gestes d’agression/provocation.
    • Finalement, les «Gestes d’isolement »: Catégorie qui englobe les gestes de retirement volontaire et de solitude.
  1. Les expressions faciales

Les expressions faciales servent souvent à démontrer les émotions vécues au courant d’une conversation. Ces expressions permettent de connaître la nature des émotions car elles se dessinent sous nos yeux lors de notre discours.

  1. Le regard

Le regard lui, permet plus de connaître l’intensité des émotions ressenties que la nature. Il permet aussi de déterminer si l’interaction sociale vécue est positive ou négative et s’ il y a de l’intérêt ou du désintérêt.

  1. Le paralangage

Le paralangage est défini selon DEVITO (1993) comme « l’aspect vocal de la parole ». Plus précisément, il s’agit d’un regroupement de tous les éléments descriptifs et caractéristiques du discours. Lorsque l’on parle des éléments descriptifs et caractéristiques, on parle de l’accent ou de l’intonation, du débit, de la hauteur de la voix, de son volume, de son rythme ainsi que du nombre de pauses lors des vocalises. La variation d’un de ces éléments engendre une expression particulière et, la personne atteinte de la maladie, a tendance à porter davantage son attention sur le paralangage que sur la signification des mots qui lui sont dit. [7]

 

En résumé, lors de vos interactions avec une personne atteinte d’Alzheimer, il est important de prendre en considération ses besoins, le niveau de progression de la maladie et les obstacles de communications qui se présentent à vous. Prendre ces trois aspects en considération vous permettra d’avoir une interaction plus harmonieuse et possiblement établir un lien de confiance avec votre interlocuteur.

 

Si vous désirez en connaître davantage sur la maladie d’Alzheimer, nous vous invitons à communiquer avec la Société d’Alzheimer de votre région.

Vous pouvez aussi en lire davantage sur cette maladie via notre blogue Alzheimer et démences apparentées.


Sachez que chez Physiothérapie S.MOBILE nous intervenons régulièrement auprès de gens atteints par différentes maladies cognitives. N’hésitez pas à communiquer avec nous ici pour de plus amples informations.

 

Brenda Du Sault, TRP

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